2.2. La préparation du site

Le succès de la lutte biologique et intégrée repose entre autres sur la prévention des problèmes reliés aux ravageurs. La prévention doit porter sur les points qui suivent.

1. Utiliser des barrières physiques, par exemple, des moustiquaires aux ouvertures des serres

On agit à la source du problème en empêchant l’entrée des insectes nuisibles dans la serre. Le choix de la dimension des mailles des moustiquaires se fait en fonction du ravageur ciblé. Il faut aussi considérer une diminution de la capacité de ventilation, qui varie aussi selon la grosseur des mailles. Dans le programme Prime-Vert- Volet 1 2013-2018 du MAPAQ, les filets anti-insectes peuvent faire l’objet d’aide financière.


Tableau 1: Grandeur de mailles de moustiquaire nécessaire pour empêcher l’entrée des insectes dans la serre*.
(Adapté de Bethke, 1994)

Insecte Dimension des mailles (microns)
Mineuse du chrysanthème 608
Puceron vert du pêcher 434
Puceron du melon 355
Aleurode des serres 288
Aleurode du tabac 239
Thrips des petits fruits 215

 

* Les moustiquaires causent une restriction de l’entrée de l’air qui doit être compensée par une augmentation de la surface des ouvrants d’un facteur de 2 à 5 (dans le cas des thrips).

Note sur les moustiquaires :

  • L’installation de moustiquaires aux serres à ventilation mécanique est beaucoup plus facile et affecte de façon moins marquée la ventilation qu’avec les serres à ventilation naturelle;
  • Les moustiquaires doivent être nettoyées régulièrement (jet d’eau de l’intérieur vers l’extérieur);
  • La longévité des moustiquaires (variable selon le fabricant, l’installation, l’exposition aux intempéries) est d’environ 3 à 5 ans;
  • Selon certaines études, le coût des moustiquaires est rapidement amorti par la réduction de l’utilisation des pesticides ou par une perte réduite des auxiliaires.

Voici un document Power Point qui traite de l’utilisation des moustiquaires [PDF] réalisé par André Carrier agronome, M. Sc. Conseiller régional en horticulture, Direction régionale de la Chaudière-Appalaches du Ministère de l’Agriculture, Pêcheries, Alimentation du Québec.

2. Faire une désinfection du site :

Suite à une production de végétaux, il est fréquent qu’il y ait présence d’oeufs, de pupes, de nymphes et d’adultes d’insectes même si les végétaux ont été retirés de la serre. Si rien n’est fait pour les éliminer, les risques de présence de ravageurs dans la prochaine production seront plus élevés et les chances de succès de la lutte biologique et intégrée diminuées. Il est à noter que lorsque la serre est vide : les tétranyques passent l’hiver cachés un peu partout sur les tables et structures, et les thrips hibernent dans le sol. Cependant, les aleurodes et les pucerons ne survivent pas sans plantes et au gel.

Avant d’appliquer un désinfectant, dont le choix est discuté plus loin, il est nécessaire de faire certains travaux préliminaires à la désinfection.

Pour plus d’informations, consulter ce document : Le nettoyage et la désinfection des serres en fin de saison, Réseau d’avertissement phytosanitaires – Bulletin d’information – Cultures en serres, no. 17 – 31 août [PDF] et ce document Survol de la désinfection des serres Réseau d’avertissement phytosanitaires – Bulletin d’information – Cultures en serres, no. 14 – 11 janvier 2017 [PDF].

Puisque certains produits peuvent ne plus être homologués ou disponibles, il est important de toujours vérifier auprès du fournisseur ou d’un agronome le statut des produits avant leur utilisation.

Travaux à effectuer avant une désinfection :

  • Nettoyer la serre de tout débris de feuilles ou de plantes.
  • Déplacer tout matériel (pots, contenants, équipements, etc.) se trouvant dans la zone à désinfecter. Ce matériel devra être à son tour désinfecté avant de le replacer dans la serre.
  • Déloger la terre, la poussière et les saletés qui se trouvent sur les tables et sur la structure car elles désactivent les désinfectants. Un jet d’eau savonneuse à bonne pression permet de bien préparer les surfaces (certains utilisent une laveuse à pression). Plusieurs détergents commerciaux sont disponibles. Ils permettent de déloger efficacement les saletés et la matière organique (incluant les algues [Photo]). Le brossage des surfaces peut tout de même être nécessaire malgré l’utilisation de détergent.
  • Il est essentiel de bien désherber le sol de la serre avant la désinfection. Un site exempt de mauvaises herbes avant et pendant la production aura un effet sur le succès de la lutte biologique et intégrée. Les mauvaises herbes [Photo] servent de refuge et de réservoir pour les ravageurs et les maladies. Leur présence dans la serre peut faire augmenter le ratio ravageur/auxiliaire et réduire le succès de la lutte biologique et intégrée. L’élimination des mauvaises herbes autour du site de production est aussi recommandée, particulièrement celles qui sont près des portes et des côtés ouvrants. À l’intérieur de la serre, l’utilisation d’un tapis géotextile ou d’un plancher de béton contribue à éliminer le problème des mauvaises herbes avant leur germination. Lors du désherbage manuel, il est important d’arracher les racines (autant que possible) et de mettre immédiatement les plants dans un sac. Placer les débris de désherbage le plus loin possible de la serre.
  • Une fois la serre vide et exempte de mauvaises herbes, il est recommandé de faire un vide sanitaire. Pour cela, maintenir la température à 40 °C durant une période de 3 jours à 1 semaine pour permettre l’éclosion des oeufs ou l’émergence des adultes de thrips et ainsi les faire mourir de faim. Des pièges collants [Photo] jaunes ou bleus près du sol aident à les capturer dès leur émergence et à vérifier leur présence. Attention : des températures de plus de 45 °C endommagent les plastiques (systèmes d’irrigation, tables inondables, etc). On doit vérifier auprès des fournisseurs d’équipement les températures maximales pouvant être subies par les équipements.

Choix du désinfectant

Quatre types de désinfectants sont disponibles; hypochlorite de sodium (eau de Javel), peroxyde d’hydrogène, ammonium quaternaire et acide péroxygéné. En aucun cas, ces produits ne doivent être appliqués sur les cultures. Sauf pour l’ammonium quaternaire et le peroxyde vendu sous le nom commercial Zerotol*, les vapeurs des désinfectants risquent d’endommager la culture et la désinfection ne doit donc pas se faire en cours de production. Le peroxyde d’hydrogène à une concentration de 3 à 4 % (30 000 à 40 000 ppm) permet une désinfection efficace des planchers et dessous de tables en cours de production. Il est toutefois corrosif et il faut l’appliquer en se protégeant adéquatement.
*Utiliser à une dose sécuritaire sur les plants, le cas échéant.

Il faut choisir le produit en fonction du problème à contrôler. Le tableau 2, publié par le Réseau d’avertissements phytosanitaires résume les propriétés des principaux types de désinfectants.

D’autres produits d’utilisation moins répandue sont rapportés comme ayant des propriétés désinfectantes potentiellement intéressantes (contrôle de virus, bactéries, champignons). Parmi ceux-ci on note : le peroxyde d’hydrogène, l’acide benzoïque, etc.

Application du désinfectant

  • La désinfection donne de meilleurs résultats si elle est faite à des températures de 20 °C et plus.
  • La désinfection est faite en appliquant la solution sur toutes les surfaces, partout dans la serre (sol, dessus et dessous de tables, structures, tubes de chauffage, système d’irrigation, etc.).
  • Le volume de produit nécessaire est variable. On calcule en général environ 200 à 300 ml de solution par mètre carré de surface à désinfecter (incluant murs, plafond, tables, etc.).
  • Appliquer le désinfectant sur une surface sèche.
  • Pulvériser le désinfectant sur la structure en commençant par le faîte et en descendant pour terminer par les tables et le plancher. Porter une attention particulière dans les coins.
  • Utiliser un pulvérisateur produisant de fines gouttelettes (jet 45°, 200 à 300 PSI).

Tableau 2 : Caractéristiques des différents produits de désinfection

PROPRIÉTÉ EAU DE JAVEL(1)
(hypochlorite de sodium 5,25 %)
KLEENGROW
BIOSAN
TERAMINE NR
DUPONT 904
(2-3)

(chlorure d’ammonium quaternaire)
PERONE 35
ZEROTOL
HYPEROX(4)

(base de peroxyde d’hydrogène)
VIRKON(5)
(Monopersulfate de potassium, acide malique et acide sulfamique)
CORROSIF Oui (très) Non Oui Oui (peu)
TOXIQUE Non, mais très irritant pour la peau Non Non, si dilué
Oui, si concentré (irritant peau, muqueuse)
Non
ACTIF EN EAU DURE Oui, mais efficace à pH entre 6,8 et 7,2 Oui Oui Oui
INACTIVÉ PAR LA MATIÈRE ORGANIQUE Oui Tolère un peu de matière organique à forte dose Oui Tolère jusqu’à 5 % de matière organique en solution
STABILITÉ DE LA SOLUTION DÉSINFECTANTE À renouveler aux 2 heures Jusqu’à 14 jours et plus en contenant fermé Jusqu’à 5 jours pour une solution non utilisée Jusqu’à 5 à 7 jours pour une solution rose
ACTIF SUR LES RAVAGEURS
(larves, adultes)
Oui (peu) Non Non Non
AUTRES Très volatile, l’eau froide réduit son activité Tache le verre (brouillard); empêche la prolifération des algues pendant 1 mois Efficace à basse température; sécuritaire; biodégradation rapide Efficace et sécuritaire, mais plus dispendieux; biodégradation rapide
CONTENANTS 3,8 L à 208 L 5 L à 136 L 500 g et 20 kg

 

Adapté de Réseau d’avertissements phytosanitaires – Bulletin d’information – Cultures en serres, no 9 – 30 octobre 2015 [PDF]

Désinfection des outils et des contenants

Les travaux de désinfection, en plus des serres, incluent l’aseptisation des outils et des contenants. Le tableau 3 présente les produits les plus couramment utilisés pour la désinfection des outils (couteaux, sécateurs, etc.).

Tableau 3 : Temps de trempage nécessaire à la désinfection des outils

DÉSINFECTANT TEMPS D’IMMERSION PATHOGÈNES CONTRÔLÉS
EAU DE JAVEL (5,25 % hypochlorite de sodium) Trempage rapide Bactéries, champignons (plupart)
VIRKON 5 % (5 kg dans 100 L) Trempage rapide; prolongé pour virus Bactéries, champignons (plupart)
HYPEROX (8 ml/L) Trempage prolongé Bactéries, champignons
ALCOOL ÉTHYLIQUE 70 % 20 secondes Bactéries, champignons
LYSOL CONCENTRÉ 50 % 60 secondes Bactéries, champignons
TERAMINE NR (2 ml/L) 60 secondes Bactéries, champignons
BIO-SAN (7 ml/L ) 10 minutes Bactéries, champignons
KLEENGROW (4 ml/L) 60 secondes Bactéries, champignons

 

Adapté de Réseau d’avertissements phytosanitaires – Bulletin d’information – Cultures en serres, no 9 – 30 octobre 2015 [PDF]

Dans bien des cas, il est préférable d’utiliser des contenants neufs plutôt que de désinfecter des contenants usagés. Peu importe le désinfectant utilisé, les pots doivent être débarrassés de tout substrat avant la désinfection et la solution désinfectante doit être changée régulièrement. Une fois bien nettoyés, les contenants sont dans bien des cas désinfectés en les laissant tremper dans une solution d’eau de Javel (diluée tel que décrit précédemment) durant au moins 30 minutes. Il est alors très important de rincer à fond les pots et de les laisser sécher à l’air sans les empiler (le chlore peut être absorbé par certains matériaux plastiques et atteindre un niveau toxique à la culture suivante). Certains contenants peuvent être désinfectés à la chaleur.

Utilisation de chaux au sol

Les désinfectants s’attaquent principalement aux germes de maladies et non aux insectes. Par contre, la chaux a démontré certains effets négatifs sur les pupes de thrips lorsque les populations sont importantes. Ainsi, il peut être avantageux d’appliquer de la chaux au sol pour nuire à leur survie.

  • Chaux hydratée appliquée au sol :• Saupoudrer la surface du sol suffisamment pour bien blanchir (porter un masque afin d’éviter d’inhaler
    ainsi que des gants et des manches longues);
    OU
    • diluer 150 g / l d’eau et vaporiser (solution très corrosive, utiliser un pulvérisateur ou, idéalement, une
    pompe dédiée à cette fin).

Désinfection du système d’irrigation

Lors de la désinfection de la serre, il est également recommandé d’effectuer la désinfection du système d’irrigation.

  • Éviter de laisser sécher les lignes d’irrigation avant le nettoyage. Les résidus secs sont plus difficiles à déloger;
  • Retirer les sondes de pH et salinité;
  • Bien rincer les tuyaux avec une bonne pression d’eau ou d’air;
  • Remplir les lignes d’irrigation d’une solution d’acide nitrique ou phosphorique à pH 1,6 – 1,7 et laisser tremper pendant 24 heures pour enlever les dépôts calcaires (attention : certaines pièces d’irrigation en Néoprène peuvent être endommagées par l’acide, vérifier auprès de votre fournisseur);
  • Dans le cas d’eau très dure ou de négligence dans les nettoyages précédents, il peut être nécessaire de faire plus d’une injection d’acide. Vérifier le pH de l’eau à la sortie des lignes après le trempage de 24 heures. Ce pH devrait être inférieur à 3,0. Sinon, recommencer l’injection d’acide dans le système.
  • Bien rincer les lignes à l’eau claire en ouvrant les valves de drainage au bout des lignes pour éviter que les algues et les débris bouchent les goutteurs;
  • Injecter une solution d’eau de Javel domestique (5.25 %) pour une concentration de 12 % et laisser tremper durant 1 heure. Une solution à 12 % d’eau javel signifie la dilution d’une partie d’eau javel dans 11 parties d’eau (ex : 10 L d’eau javel domestique à 5.25 % mélangé dans 110 litre d’eau) Après ce temps, réinjecter une nouvelle solution (la solution drainante peut être récupérée pour d’autres désinfections) et laisser tremper à nouveau pendant 1 heure. Effectuer 4 fois au total (ou injecter une seule fois et laisser tremper 24 heures, ce qui semble être moins efficace). Maintenir le pH de la solution entre 6,5 et 7,0. Un surfactant peut être ajouté à la solution;
  • D’autres désinfectants (Virkon, ammonium quaternaire, peroxyde d’hydrogène) peuvent être utilisés en remplacement de l’eau de Javel;
  • Rincer abondamment à l’eau claire;
  • Nettoyer également les réservoirs et les bassins de la même façon. Les goutteurs et les spaghettis sont idéalement retirés des lignes et mis à tremper dans une solution désinfectante.

Désinfection de la table d’empotage

La surface de travail utilisée pour l’empotage ne doit servir qu’à cette fin (et non de tablette ou d’aire d’entreposage). Après chaque utilisation, nettoyer avec un balai ou une brosse. Ne pas se servir du même balai que pour le sol et ne rien placer sur la table qui provient du sol. Garder à proximité une poubelle pour tous débris (feuilles, plants, pots, substrat) devant être jetés. Désinfecter la table d’empotage au moins une fois par semaine, avec un des produits mentionnés au tableau 2, selon les micro-organismes visés.

Pédiluves

Les pédiluves [Photo], ou bains de pieds, sont essentiels afin de prévenir l’introduction de maladies dans les serres. Les compagnies qui vendent les produits de désinfection offrent différents modèles de pédiluves. Les pédiluves sont tout simplement constitués d’un bac recouvert d’un tapis absorbant imbibé de désinfectant. Il est recommandé de changer la solution désinfectante tous les jours. On utilise en général les produits suivants : Virkon (1 %), Kleengrow (15 ml/L), Hyperox (8 ml/L), Foam-it (10 ml/L).
Source : Réseau d’avertissements phytosanitaires – Bulletin d’information – Cultures en serres, no 9 – 30 octobre 2015 [PDF]

Désinfection des équipements

La désinfection des équipements est souvent négligée, particulièrement celle des chariots.

Les chariots de transport, surtout s’ils servent à l’expédition et qu’ils demeurent quelques temps chez les clients, sont une importante source de transmission d’insectes et de maladies. Ils devraient être désinfectés à leur retour chaque fois qu’ils sortent de la serre. Pour nettoyer les roues des chariots au moment où ils entrent dans la serre, il est possible de confectionner un bain de désinfectant dans lequel ils seront roulés. La boîte du camion doit également être désinfectée, surtout lorsqu’elle sert au transport de plantes qui entreront dans la serre.

*Utiliser à la dose sécuritaire sur les plants, le cas échéant.

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