3.2. Le programme de dépistage

Un dépistage rigoureux permet de réagir rapidement et empêcher que le problème ne s’étendre. Plus la présence d’un ravageur est constatée tôt, plus son contrôle est facile. Le dépisteur doit donc être suffisamment observateur pour identifier les tous premiers signes des infestations. Évidemment, pour ce faire, il est nécessaire de savoir ce qu’il faut regarder.

Un programme de dépistage devrait consister à :

1. Rassembler les informations culturales;

2. Établir la fréquence des inspections;

3. Identifier les meilleurs moments pour faire le dépistage;

4. Faire le choix du dépisteur;

5. Identifier les zones à dépister;

a. reconnaître les premiers signes d’infestation ou de dégâts;

b. identifier l’agent responsable, son stade de développement, son origine;

c. identifier les plants atteints;

d. indiquer leur localisation dans la serre;

6. Établir un patron d’échantillonnage;

7. Compiler les informations dans un rapport de dépistage;

8. Poser un diagnostic.

1. Rassembler les informations culturales

La compilation de ces informations aidera à poser un diagnostic aussi juste que possible et à déterminer les moyens de contrôle ou de prévention appropriés. La connaissance du milieu dans lequel sont produites les plantes ainsi que les besoins de ces dernières pourront grandement aider à identifier les problèmes potentiels ou les causes des problèmes présents. Ces connaissances sont rassemblées au début du programme de dépistage. Elles comprennent :

  • L’historique des opérations réalisées dans le passé :
    • Notes sur les traitements effectués (phytosanitaires, régulateurs de croissance, désinfection, etc.);
  • Le calendrier de production préalablement établi;
  • Les fiches de culture des espèces végétales en production :
    • Besoins spécifiques de la plante (pH, salinité, régulateurs, taille);
    • Problèmes qui y sont souvent associés;
  • La prise en note des conditions environnementales (1 fois / jour lorsqu’effectuée manuellement) :
    • Températures jour-nuit, humidité, ventilation, quantité et qualité de lumière, type de chauffage, etc.;
  • L’irrigation :
    • Fréquence, période d’irrigation, qualité de l’eau, méthode d’irrigation, etc.;
  • La connaissance du substrat :
    • pH et salinité par la méthode 2 :1 [Photo]. Analyse minérale du sol faite par un laboratoire.

2. Établir la fréquence des inspections

La personne préposée au dépistage [Photo] doit être en mesure d’ajuster la fréquence des dépistages en fonction des problèmes rencontrés. Le chef de l’entreprise doit être conscient de l’importance de cette tâche et doit accepter de libérer le dépisteur de ses autres tâches lorsque le temps est venu.

En général, le dépistage s’effectue au moins une fois par semaine. Afin de maintenir l’uniformité, le dépistage est effectué toujours la même journée de la semaine, au même moment et par la même personne. La fréquence peut être plus élevée, par exemple, suite à un traitement phytosanitaire (pour vérifier son efficacité) ou suite à l’introduction de prédateurs (afin de vérifier leur présence et leur efficacité).

3. Identifier les meilleurs moments pour faire le dépistage

Il est important de faire un dépistage dans les serres avant la production, à la réception de végétaux et durant la production.

  • Avant la mise en culture :
    • Évaluer l’état des structures;
    • Noter la présence de mauvaises herbes [Photo] à l’intérieur et autour de la serre;
    • Localiser la présence de problèmes de drainage (flaques d’eau);
    • Observer la croissance d’algues [Photo] sur le sol, les tables, le recouvrement, etc.;
    • Noter la présence de débris au sol, sur les tables, près de la serre, etc.;
    • Dépister les plantes qui ont été conservées d’une production antérieure;
  • À la réception de boutures et plants provenant de l’extérieur :
    Inspecter minutieusement [Photo] au moins 10 % des plants ou boutures de chacune des variétés reçues;
    • Examiner toutes les parties de la plante [Photo];
    • Effectuer le dépistage hors de la zone de production pour éviter de contaminer la culture déjà présente
    en cas de problème;
  • Pendant la production :
    • En début d’avant-midi :
    – La température à ce moment n’est pas trop élevée dans la serre (plusieurs insectes ont une activité réduite
    ou vont se cacher lorsque la température est élevée);
    – Un dépistage matinal est préférable à un dépistage en après-midi ou le soir car ceci permet d’avoir toute la journée pour réagir à un problème;
    • Avant l’arrosage :
    – Il est plus difficile d’observer les insectes sur le feuillage mouillé, des gouttes d’eau à la surface des feuilles
    peuvent facilement cacher des taches foliaires, etc.);
    • En début de semaine :
    – La plupart des fournisseurs d’auxiliaires acceptent les commandes jusqu’au jeudi midi, pour une livraison le
    mardi suivant. Il est judicieux de prévoir suffisamment de temps pour l’analyse des besoins avant le jour limite
    des commandes. Le mercredi est souvent la journée choisie.

4. Faire le choix du dépisteur

Afin de s’assurer d’un dépistage rigoureux, il est recommandé qu’une personne de l’entreprise soit en charge du dépistage. Une période devrait lui être accordée sur une base hebdomadaire afin d’exécuter cette tâche. Le dépisteur doit être suffisamment observateur pour identifier les tous premiers stades des infestations. Cependant, tous les employés de l’entreprise devraient posséder une base de connaissance en dépistage [Photo]. En effet, plus il y a d’observateurs qui examinent la culture, moins il y a de chances qu’un problème passe inaperçu. Il est parfois nécessaire que plus d’une personne soient responsables du dépistage, selon la dimension de l’entreprise. Idéalement, l’équipe de dépistage est dirigée par une personne responsable qui compile les données.

Le dépisteur doit :

  • Posséder un grand sens de l’observation;
  • Être minutieux;
  • Être curieux;
  • Être autonome;
  • Avoir une excellente vue; c’est-à-dire, une vision macro, pour visualiser l’état général de la culture, une vision d’ensemble de la serre, etc. et une vision micro, pour bien voir les détails sur les différentes parties de la plante, observation à la loupe ou microscopique;
  • Avoir un bon sens des communications (verbal et écrit).

Le dépisteur peut également être aidé par des dépisteurs externes (clubs de production, IQDHO, etc.). Ces spécialistes connaissent bien les techniques de production et les plantes à problème puisqu’ils visitent de nombreuses entreprises. Ils peuvent ainsi détecter les problèmes plus rapidement.

5. Identifier les zones à dépister

Afin de gagner du temps, il est préférable de débuter avec une vue d’ensemble de la serre [Photo] puis d’une vue d’ensemble des dommages dans une zone [Photo]. On observe les plants de coloration différente, de dimensions hors norme ou présentant des anomalies. L’analyse des symptômes sur les plants comprend l’observation :

  • Des parties de la plante affectées;
  • Du patron des dommages dans la serre;
  • Des stades d’évolution des dommages;
  • De la rapidité d’apparition (graduelle, soudaine);
  • De la présence :
    • D’organismes pathogènes (insecte, toile, spores de champignon, exsudat, etc.);
    • D’agents abiotiques (résidu de pesticide, de fertilisant, etc.).

Ensuite, on réalise une tournée de toute la culture et on porte une attention particulière aux endroits suivants :

  • Endroits chauds de la serre;
  • Zones d’air stagnant;
  • Près des ouvrants;
  • Proximité des entrées;
  • Là où la circulation est fréquente.

6. Établir un patron d’échantillonnage

Pour faciliter les références futures et pour être en mesure de retrouver les plantes inspectées, il est recommandé de tracer sur un schéma le patron d’échantillonnage. Ce dernier peut consister en un plan de la serre. Les employés peuvent aussi se servir de drapeaux ou d’épingles de couleur [Photo] pour identifier les foyers d’infestation.

7. Compiler les informations dans un rapport de dépistage

Pour s’assurer d’un suivi du dépistage, il est nécessaire de compiler les informations dans un rapport de dépistage. Le rapport est essentiel dans le cas où le dépisteur en chef serait absent ou si des dépisteurs externes veulent avoir une vue d’ensemble rapide sur les problèmes identifiés dans les semaines précédentes. Le rapport peut prendre différentes formes. Des exemples sont présentés à la section 3.3.

8. Poser un diagnostic

Une fois les étapes précédentes effectuées, il est possible d’établir un diagnostic. Ce dernier consiste à :
– Interpréter les symptômes observés;
– Identifier les causes possibles.

Dans certains cas, le diagnostic sera laissé au soin d’un laboratoire. Par exemple, dans le cas où on voudrait identifier à l’espèce un puceron, ou encore pour savoir si les Bemisia dépistées sont du biotype Q; une souche d’aleurodes résistante à plusieurs insecticides.

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