3.3 Les méthodes de dépistage

La procédure du dépistage varie d’une entreprise à l’autre selon sa dimension, les conditions culturales qu’on y retrouve, les espèces produites, etc. Certaines procédures de base peuvent servir de référence. Dans le cas d’une monoculture, il devrait y avoir au moins 10 sites inspectés par serre d’environ 200 à 300 m². Lorsque les cultures sont très variées dans une serre, augmenter le nombre de sites d’inspection. Les sites inspectés devraient être changés à chaque semaine pour couvrir toute la surface éventuellement.

L’équipement nécessaire pour réaliser le dépistage comprend :

Il existe plusieurs outils et méthodes qui permettent de faciliter le dépistage et le rendre plus efficace. Toutes ces méthodes ne doivent pas être systématiquement utilisées mais leur connaissance permet de le faire au moment opportun.
1. Utilisation des pièges;
2. Utilisation de pommes de terre;
3. Inspection des plants;
4. Utilisation de plantes indicatrices et plantes-trappes;
5. Méthodes spécifiques à certains ravageurs;

1. Utilisation de pièges

Les pièges peuvent être de différents types :

  • Pièges collants jaune ou bleu;
  • Pièges à phéromones.

En serriculture, les pièges collants sont les plus fréquemment utilisés pour la détection des insectes volants. Ils ne permettent pas le dépistage des ravageurs qui ne se déplacent qu’au sol comme les tétranyques. L’inspection des plantes demeure donc nécessaire.

Les pièges jaunes [Galerie photos] conviennent surtout pour les thrips, les aleurodes, les sciarides, les mouches du rivage, les pucerons ailés et les mineuses. Les pièges bleus sont utilisés pour les thrips et les mouches du rivage.

Installation et emplacement :

  • Au moins 1 piège par 100 m² distribués uniformément dans la serre;
  • Pour les serres de grande dimension et en monoculture, le nombre de pièges peut être réduit à 1 par 500 à 1 000 m²;
  • La dimension des pièges est variable; un minimum de 7,5 cm par 12,5 cm est recommandé;
  • Chaque piège peut être divisé en 2 ou 3 sections selon sa dimension ou peut n’être découvert que d’un côté afin d’économiser les pièges;
  • Les retenir à un tuteur de bambou par 2 épingles à linge collées dos à dos [Photo] pour les remonter au besoin ou les retirer pour observation;
  • Ils peuvent être suspendus par une ficelle [Video] ou accrochés à une broche. L’effet directionnel du piège est par contre perdu;
  • Placer des pièges supplémentaires dans les zones à risque :
    • Près des fournaises, des entrées et des ouvrants, dans les courants d’air, à l’horizontale près du sol, etc.;
  • Les placer tout juste au-dessus du feuillage de la culture :
    • Ils doivent être relevés à mesure que la culture pousse;
  • Il est possible de placer en alternance un piège au-dessus du feuillage et le suivant à l’intérieur du feuillage;
  • La disposition idéale des pièges varie selon l’insecte à capturer et le stade de la culture :• Aleurodes :
    – À l’horizontale pour les premiers stades de la culture;
    – À la verticale quand le feuillage couvre les tables;• Mouches du rivage et sciarides :
    – À l’horizontale pour les premiers stades de la culture;
    – À la verticale quand le feuillage couvre les tables ou à l’horizontale à la surface du sol sous les tables;

    • Thrips :
    – À la hauteur du feuillage dans les quatre directions, de manière à identifier la provenance des insectes;
    – Placer dans les végétaux les plus susceptibles;
    – Un attractif (vanilline ou anisaldéhyde) peut être utilisé sur le piège pour augmenter son efficacité;
    – Utiliser le même principe pour les cultures suspendues.

Utilisation :

  • Numéroter chaque piège et inscrire la date d’installation;
  • Identifier et compter les insectes à l’aide d’une loupe 10X minimum si nécessaire;
  • Éliminer les insectes capturés sur les pièges en les grattant avec une spatule ou en les marquant avec un crayon indélébile [Photo];
  • Inscrire le décompte des insectes dans le rapport de dépistage;
  • Remplacer les pièges aux 2 à 4 semaines (variable selon le nombre d’insectes capturés, l’époque de l’année et les particules transportées par la ventilation) :
    • Un nombre d’insectes trop grand ralentit le dépistage;
    • Ces pièges peuvent tout de même servir pour réduire la population d’insectes volants.

Les pièges sont disponibles chez les fournisseurs de produits horticoles. Il est également possible de s’en fabriquer à l’aide de plaquettes de plastique ou autre matériau peinturé jaune enduit de colle Tangletrap (selon l’expérience de plusieurs producteurs, la fabrication de ses propres pièges est peu rentable).

2. Utilisation de pomme de terre

Cette méthode est très efficace pour dépister la présence de larves de sciarides :

  • Déposer une rondelle de pomme de terre ou un demi tubercule placé côté coupé face au sol sur la surface du substrat;
  • La laisser en place durant quelques jours pour attirer efficacement les larves avant de vérifier leur présence. Les larves se trouveront sous la rondelle de pomme de terre.

3. Inspection des plants

Puisque les ravageurs peuvent être parfois difficiles à observer à cause de leur taille ou de leur emplacement sur les plants, l’inspection des végétaux est souvent essentielle à leur détection.

Points à regarder lors de l’inspection :

  • Apparence générale de l’ensemble de la culture;
  • Qualité individuelle des plants inspectés (embranchement, longueur des entre-noeuds, floraison, coloration du feuillage, etc.);
  • Porter une attention aux plantes indicatrices ou aux plantes-trappes, c’est-à-dire les plantes qui sont plus susceptibles à certains ravageurs;
  • Se déplacer au hasard, en zigzag dans la serre;
  • Inspecter tant les plants près des allées que ceux au centre de la table et près des murs;
  • Considérer les plants suspendus comme une culture séparée (augmenter proportionnellement le nombre de sites);
  • Chacune des parties de la plante :
    Dessus et dessous des feuilles [Vidéo], tiges, collet, racines : rechercher la présence de ravageurs immatures,
    de taches foliaires, de virus, etc.;
    • Noter la présence de tout symptôme ou signe de problème et son emplacement;
    • Identifier la plante avec du ruban marqueur si désiré.

Il est également recommandé de secouer les plants au-dessus d’une tablette blanche [Vidéo] et d’observer par la suite les ravageurs qui s’y trouvent. Cette méthode est très efficace, surtout pour le dépistage des insectes qui ne volent pas comme les tétranyques ou les pucerons (non-ailés).

4. Utilisation de plantes indicatrices et plantes-trappes

Une plante indicatrice est une plante produite qui est plus susceptible à un ou plusieurs ravageurs et qui peut rapidement indiquer s’il y a présence de ces derniers dans la serre. Ces plantes attirent tellement des insectes en particulier qu’elles peuvent être ciblées en priorité lors du dépistage des ravageurs et permettent de détecter les premières apparitions du problème pour ainsi pouvoir apporter une solution avant qu’il ne s’étende sur une plus grande superficie. Un bulletin sur le sujet est disponible sur ce lien : https://www.agrireseau.net/rap/documents/94370

Tableau 4 : Quelques plantes indicatrices pour le dépistage d’insectes

x: indique la préférence de l’insecte pour la plante; plus le nombre est élevé, plus l’insecte raffole de la plante.

Plantes Tétranyque Tarsonème Alerode Puceron Thrips
Argyranthemum
Aster
Bacopa
Begonia Rieger
Brachycome (fleurs)
Brugmansia
Calibrachoa
Canna
Celosia
Chrysanthemum
Colocasia
Cordyline
Dipladenia
Draceana
Étoile de Bethléem
Fuchsia
Géranium lierre
Gerbéra
Impatiens N.-G.
Ipomoea
Lantana
Lierre
Lobelia
Lysimachia
Pensée
Pétunia
Piment
Pourpier
Salvia
Scaeveola
Tagete
Thunbergia
Verbena

 

Une plante-trappe est une plante utilisée pour ses capacités attractives envers un ou plusieurs insectes. Ces plantes sont disposées à travers les plantes en production afin d’y attirer les insectes nuisibles. Puisque les insectes nuisibles se dirigent d’abord sur ces plantes, l’introduction d’auxiliaires peut se faire de façon plus massive ou même des traitements phytosanitaires peuvent être ciblés que sur les plantes-trappes. Il est très important d’entretenir les plantes-trappes et de ne pas laisser les ravageurs s’y installer et se multiplier puisqu’ils pourront se retourner vers la culture par la suite. En serre, l’aubergine [Photo] peut être utilisée pour attirer l’aleurode dans une production de poinsettias. Les piments, en particulier le décoratif ‘Black Pearl’, peuvent être utilisés pour attirer les thrips ainsi que des chrysanthèmes en fleurs [Photo] et des tagètes en fleurs.

Des maladies peuvent également être présentes sur les plants. Elles ne sont pas traitées en détail dans cet outil. Cependant, les produits phytosanitaires choisis pour le contrôle des maladies doivent tenir compte de la présence des auxiliaires dans le programme de lutte intégrée. Certains produits peuvent être très toxiques pour les auxiliaires. Plusieurs données de compatibilité sont disponibles sur les sites des différents fournisseurs.

Les virus peuvent aussi causer des dommages aux plantes. Comme il n’existe aucun virucide, la destruction des plants est généralement la seule solution. Il faut donc rapidement reconnaître les symptômes pour éviter qu’ils se propagent mais il faut aussi reconnaître les ravageurs qui peuvent transmettre les virus d’une plante à l’autre et ainsi les contrôler avec plus de rigueur. Les virus ne sont pas traités en détails dans cet outil.

Voici les virus les plus fréquemment rencontrés :

  • INSV [Photo] (Impatiens necrotic spot virus);
  • TSWV [Photo] (Tomato spotted wilt virus);
  • TMV [Photo] (Tobacco mosaic virus).

5. Méthodes de dépistage spécifiques à certains ravageurs

Voici certaines méthodes pouvant aider à l’observation de la présence des plus importants ravageurs retrouvés dans les serres. Plus de détails sur chacun des ravageurs se trouvent au chapitre 4.

Aleurodes [Galerie photos]

  • Dépister les pièges collants installés au-dessus des plants :
    • 20 aleurodes par côté par semaine représentent une infestation importante;
  • Inspecter le dessous des feuilles pour observer la présence d’adultes, d’µufs ou de nymphes.

Mouches du terreau (Sciarides et mouches de rivage) [Galerie photos]

  • Installer des piège collants à l’horizontale à 30 cm du sol pour vérifier l’émergence;
  • Placer une rondelle de pomme de terre au sol, à la surface du substrat.

Pucerons [Galerie photos]

  • Dépister les pièges pour les adultes ailés seulement;
  • Observer la présence d’exuvies (cuticules ou exosquelettes) sur les plants;
  • Détecter des dommages caractéristiques : feuillage déformé ou enroulé;
  • Secouer les plantes au-dessus d’une surface blanche;
  • Observer la présence de miellat.

Tarsonèmes [Galerie photos]

  • Observer différents types de dégâts caractéristiques :
    • Points de croissance rabougris ou morts;
    • Feuilles roussies ou liégeuses;
    • Entrenµuds et pétioles très courts;
    • Gaufrures, renflements, fendillements, rétrécissement en largeur, décoloration (souvent plus foncée),
    nécroses et épaississement du limbe des jeunes feuilles qui deviennent plus cassantes;
    • Fleurs difformes qui s’épanouissent lentement ou avortent;
    • Les pièges collants ne sont pas efficaces.

Tétranyques à deux points [Galerie photos]

  • Dépister les zones chaudes et les zones d’infestations précédentes;
  • Observer les dégâts caractéristiques : petits points jaunes sur les feuilles, présence de toiles dans les cas sévères;
  • Secouer les plantes au-dessus d’une surface blanche;
  • Utiliser des plantes indicatrices (draceana, brugmansia, verveine, etc.) et plantes-trappes (haricot);
  • Les pièges collants ne sont pas efficaces.

Thrips [Galerie photos]

  • Dépister les pièges collants installés au-dessus des plants :
    • 10 thrips par côté par semaine représentent un potentiel important d’une infestation élevée;
  • Placer des pièges collants à l’horizontale à 30 cm du sol pour vérifier l’émergence;
  • Souffler dans les fleurs pour observer leur présence;
  • Observer des dégâts caractéristiques : taches et égratignures argentées, excréments sur le feuillage;
  • Secouer les plantes au-dessus d’une surface blanche;
  • Utiliser des plantes indicatrices.
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