8.1. Biopesticides

Selon le ministère du Développement Durable, de l’Environnement, des Parcs et de la Lutte aux Changements Climatiques (MDDELCC), un biopesticide se définit comme étant soit :

  • un agent microbien, c’est-à-dire un microorganisme naturel ou génétiquement modifié, notamment les champignons, les bactéries, les virus et d’autres microorganismes.
    Ou
  • un pesticide biochimique, c’est-à-dire une substance naturelle ou synthétique fonctionnellement identifiée, qui lutte contre les parasites à l’aide de mécanismes non toxiques. Les pesticides biochimiques comprennent, sans toutefois s’y limiter, les écomones (dont les phéromones) et les extraits de plante.

1. Les bioinsecticides

Dans cette catégorie, il existe surtout des pesticides formés à partir d’agents microbiens. Voici quelques exemples :

  • a. Bactéries
    1. Vectobac : Bacillus thuringiensis var. israelensis
      •  Bactéries en forme de bâtonnets;
      •  Trouvées partout dans le monde au niveau du sol;
      •  Ces bactéries agissent par ingestion et non par contact;
      •  La bactérie produit des spores et une protéine toxique;
      •  Après ingestion, la toxine est activée dans le système digestif de l’insecte;
      •  Les membranes de l’estomac de l’insecte deviennent paralysées et éventuellement détruites;
      •  L’insecte atteint cesse de se nourrir en 24 heures;
      •  Il meurt de septicémie peu de temps après, environ 2-3 jours;
      •  Disponible en formulation granulaire ou liquide;
      •  Produit altéré par les UV;
      •  Recommandé de l’utiliser en applications répétées.
  • b. Mycoinsecticides
    Les mycoinsecticides sont des insecticides provenant d’organismes fongiques ayant un effet antiparasitaire sur des insectes.Lorsque le champignon atteint l’insecte, il y a une germination des spores sur l’insecte suivi d’une pénétration de l’hyphe et une invasion de l’intérieur de l’insecte entrainant sa mort [Photo]. Le champignon se reproduit ensuite par sporulation. Les mycoinsecticides sont à base de 2 sortes de spores : les blastospores et les conidiospores. Les blastospores sont moins durables que les conidiospores mais elles sont plus virulentes.Pour l’application du produit, il est suggéré de commencer les applications très tôt dans le cycle de production car ces produits n’élimineront pas rapidement les infestations.Puisque le contact avec l’insecte est primordial, il faut pulvériser avec les plus petites gouttelettes possibles et éviter le dégouttement. Les pulvérisateurs Coldfogger et le Pulsfog bio assurent une meilleure couverture. Il est important d’appliquer les mycoinsecticides en fin de journée ou lors d’une journée nuageuse pour profiter de l’humidité puisque les spores sont détruites lorsqu’exposés aux UV. Il est aussi recommandé de fermer les écrans thermiques durant et après l’application, lorsque possible. Les mycoinsecticides ont une courte durée de vie lorsque mélangé à l’eau, le mélange ne peut donc pas être conservé très longtemps.

    1. BioCeres [Photo], Botanigard (Beauvaria bassiana)
      •  Conidies (ou conidiospores);
      •  Elles ont des structures épaisses, résistantes;
      •  L’infection des insectes est favorisée par des conditions humides;
      •  Tolèrent l’eau chlorée;
      •  Peuvent être mélangée à d’autres produits;
      •  Ne doit pas rester en solution dans le pulvérisateur plus de 2 heures;
      •  Homologués contre puceron, aleurode, thrips;
      •  Ils n’ont aucun effet sur les tétranyques;
      •  Il y a des risques de phytotoxicité avec formulation liquide du Botanigard E sur certaines plantes
      (tomate, certains cultivars de poinsettia).Les formulations en poudre de BioCeres et Botanigard WP peuvent laisser de petits dépôts sur le feuillage. Ils doivent être appliqués en conditions humides et peu ensoleillées. Ils sont plus efficaces avec des applications répétées.
    2. MET52 EC (Metarhizium anisopliae);
      •  Formulation granulaire homologuée en serre, au sol, contre le charançon;
      •  Champignon d’origine naturelle retrouvé partout dans le monde;
      •  Les spores sont suspendues dans une huile émulsifiable et doivent entrer en contact avec l’insecte;
      •  Homologué sur thrips, acariens, aleurodes, en serre sur légumes-fruits;
      •  Homologuée en application foliaire et en bassinage de sol;
      •  Plus toxique sur auxiliaires à cause de la base d’huile;
      •  Suite à son utilisation, attendre un laps de temps avant d’appliquer des fongicides.
    3. NoFly (Paecilomyces fumosoroseus souche FE9901)
      •  Blastospores;
      •  Spores produites par fermentation dans une solution aqueuse;
      •  Ce ne sont pas des structures de survie mais bien de dispersion;
      •  Cellules des spores sont minces;
      •  Plus fragiles dans l’environnement et dans le pulvérisateur;
      •  Produit homologué contre puceron, aleurode, thrips;
      •  Il n’a aucun effet sur les tétranyques;
      •  Il doit être appliqué en conditions humides et peu ensoleillées;
      •  Il est plus efficace avec des applications répétées;
      •  Temps de conservation réduit;
      •  Demande une humidité relative élévée pour infecter et germer.
Méthode pour déterminer la viabilité d’un mycoinsecticide [Photo]
Plusieurs facteurs peuvent influencer la viabilité des mycoinsecticides comme des conditions difficiles lors de livraison, des conditions inadéquates lors de l’entreposage
(entreposer dans des conditions sèches et à des températures d’environ 15 °C). La vérification de la date de péremption est très importante. Une méthode a été développée par Albert Grimm (Jeffery’s Greenhouses) et Sarah Jandricic (OMAFRA) pour tester la viabilité des mycoinsecticides Beauveria bassiana et Metarhizium anisopliae. Cette méthode ne permet pas d’identifier le champignon ni de quantifier la concentration des spores. Elle confirme si le champignon est vivant ou mort.Équipement nécessaire pour réaliser le test :
•  3M™ Petrifilm™ Rapid Yeast and Mold Count Plate (RYM);
•  Contenants ou verres d’environ 200 ml;
•  Alcool à friction;
•  Petite cuillère à mesurer (1/8ème cuillère à thé);
•  Pipettes jetables (0,2 ml);
•  Eau distillée (stérile);
•  Essuie tout.Démarche :
•  Désinfecter 2 contenants et la cuillère à mesurer avec l’alcool et essuyer;
•  Verser 200 ml d’eau distillée dans chacun des contenants;
•  Ajouter environ 1/16ème de cuillère à thé (0,3 ml) du produit à tester dans un des contenants et mélanger;
•  Utiliser une pipette pour aspirer l’eau seule et tracer une ligne sur le Petrifilm;
•  Répéter avec la bouillie à tester et faire une ligne parallèle à la première sur le Petrifilm;
•  Refermer le Petrifilm et identifier les lignes;
•  Laisser incuber (à l’obscurité à 25-28 °C);
•  Vérifier la viabilité après 16 à 48 heures (coloration bleu des colonies).

 

2. Les biofongicides

Les biofongicides peuvent être à base d’un agent microbien (Trichoderma sp., Bacillus sp., etc.) ou être un pesticide biochimique comme ceux à base de bicarbonate de potassium.

Certains biofongicides vont coloniser les racines pour exclure les champignons pathogènes de la rhizosphère et créer une compétition. Il y a aussi d’autres modes d’actions comme le parasitisme des champignons pathogènes par d’autres champignons bénéfiques.

  • a. Bactéries
    1. Actinovate sp : Streptomyces lydicus souche WYEC 108
      •  Cet agent microbien colonise les racines, les protège des pathogènes;
      •  Ces bactéries rendent les nutriments plus facilement disponibles pour la plante;
      •  Mode d’action multisite;
      •  Pas de phytotoxicité.
    2. Cease- Rhapsody- Serenade : Bacillus subtilis QST 713
      •  Fongicide à base de bactéries;
      •  Multisite et généraliste
      •  A une forte odeur;
      •  Produit des antibiotiques;
      •  Déplace les pathogènes en inhibant la germination des spores;
      •  Intervient dans l’attachement du pathogène au plant;
      •  Augmente l’immunité et le signal de défense.
    3. Taegro : Bacillus s. amyloliquefasciens souche FZB 24
      •  Même mode d’action que les autres B. subtilis;
      •  Multisite et généraliste;
      •  Homologué contre Fusarium- Pythium- Rhizoctonia.
  • b. Champignons
    1. Prestop : Gliocladium catenulatum souche J1446
      •  Champignon d’origine naturelle;
      •  Compétition avec les champignons pathogènes pour l’espace vital et les éléments nutritifs puisqu’il colonise les
      racines en premier;
      •  Hyperparasite pour les champignons nuisibles en produisant des enzymes qui détruisent leurs parois cellulaires.
    2. Rootshield, Trianum, Bora HC : Trichoderma harzianum
      •  Forme une sorte de barrière à l’infection: le mycélium croit sur la racine;
      •  Le champignon attaque le pathogène en sécrétant des enzymes qui attaquent la paroi;
      •  Croissance plus vigoureuse car les racines sont plus actives;
      •  Efficacité à long terme, 10-12 semaines;
      •  Compatible avec plusieurs désinfectants et avec les mycorhizes.
    3. Rootshield Plus WP : Trichoderma harzianum souche T-22 et T. virens souche G-41
      •  Ce mélange couvre encore plus large que le Rootshield;
      •  Homologué seulement contre Phytophtora;
      •  Ces champignons sont reconnus comme étant des antagonistes des agents pathogènes du sol;
      •  Ils préviennent l’attaque du système racinaire des plantes par les champignons du sol de plusieurs façons.
    4. Mycostop : Streptomyces griseoviridis
      •  Compétition : la bactérie prive le champignon pathogène de nourriture et d’espace en colonisant les racines de la plante;
      •  Antibiose : la bactérie sécrète différents enzymes et métabolites qui empêchent la croissance du pathogène.
  • c. Autres
    1. Cyclone : acides citriques et lactiques
      •  Produit de fermentation de Lactobacillus casei souche LPT-111;
      •  Barrière protectrice sur la surface des feuilles qui inhibe le développement des agents pathogènes;
      •  Effets antifongiques sur la germination des conidies et leur développement sur l’hôte.
    2. Milstop et Sirocco : bicarbonate de potassium
      •  À base de bicarbonate de potassium qui contrôle le blanc par contact;
      •  Déshydrate les spores et le mycélium;
      •  Il inhibe aussi les enzymes impliquées dans la formation de la membrane cellulaire en altérant le pH à la surface des feuilles;
      •  Aucune résistance connue.
    3. Regalia : Reynoutria sachalinensis
      •  Extrait de plantes : renouée de Sakhaline;
      •  Produit des phytoalexines ou antibiotiques;
      •  Augmente la résistance aux maladies fongiques ou SDN ¨stimulation des défenses naturelles;
      •  Accumulation de protéines spécialisées, de molécules qui augmentent l’épaisseur de la paroi cellulaire.

3. Les biostimulants

Les biostimulants ne sont pas des pesticides ni des engrais. Ils contiennent des substances ou des microorganismes qui, lorsqu’ils sont appliqués aux plantes ou à la rhizosphère, ont pour fonction de stimuler les processus naturels afin d’accroître l’absorption et l’efficience des éléments nutritifs, la tolérance aux stress abiotiques et la qualité des récoltes (Lambert, 2014). Ils sont aussi appelés biopesticides si des effets antiparasitaires scientifiquement démontrés leurs sont attribués; ils pourraient alors être homologués par L’ARLA.

Il existe sur le marché une grande variété de produits dont les modes d’action diffèrent. En général, leurs effets sont :

•  Effets sur la santé des sols : chélation des mineurs, capture des métaux lourds etc.;
•  Éliciteurs : stimulation de la défense naturelle des plantes;
•  Effets de régulateurs de croissance : meilleure élongation;
•  Protecteurs et/ou de compétition sur les sites des racines et des feuilles;
•  Meilleure tolérance aux stress autant abiotiques que biotiques;
•  Interaction avec la vie microbienne présente : meilleure absorption des nutriments;
•  Antioxydants;
•  Impact sur le goût, la qualité, le rendement, la durée de conservation

Les biostimulants se divisent en 3 principaux groupes :

  • 1. Organismes vivants :
    • Bactéries :
      Exemples : les Bacillus subtilis de Cease- Rhapsody et Serenade ainsi que Bacillus amyloliquefasciens : Taegro et Double Nickel.
      Abnatura offre aussi un mélange de bactéries. Les Streptomyces comme Mycostop et Actinovate. Earth Alive offre aussi un
      mélange Pseudomonas et Bacillus.
    • Champignons
      Exemples : Trichoderma : Rootshield- Trianum- Bora, Gliocladium comme Prestop et Clonostachys rosea par Crop Defender;
    • Mycorhizes :
      Champignons bénéfiques permettant à la plante d’obtenir une extension de son système racinaire. Ceci peut, entre autres,
      optimiser son approvisionnement en eau et améliorer sa résistance contre certains stress. En retour, la plante fournit aux
      mycorhizes des sources de carbones.
  • 2. Organismes non vivants mais qui sont des composés organiques :
    • Acides humiques souvent granulaires; produits lors de la décomposition de la matière organique, exemple, le Turitek;
    • Acides fulviques sous forme liquide. Exemple : EZ-Grow;
    • Vitamines comme C- B1- B2- B6- E- K;
    • Acides aminés;
    • Algues qui sont des mélanges de vitamines, acides gras, nutriments et hormones de croissance. Exemples : Stella Maris de Acadian Seaplants et OnGuard de Organic Ocean;
    • Microorganismes efficaces (EM Effective Microrganisms). Exemples : les acides de lait de Cyclone ou Tivano. Exemples : Turitek à base de fumier de vers de terre ou comme des levures.
    • Protéines.
  • 3. Phyto-activateurs :
    • Le Chitosane à base de coquilles de produits marins;
    • Exemple : Regalia Maxx à base de la plante Reynoutria sachalinensis;
    • Les purins comme purin d’ortie;
    • L’ail. Exemple : Influence de AEF Global.

Il est recommandé, avec les biostimulants, de faire des tests sur des petites surfaces avant d’investir à grande échelle car ces produits peuvent avoir des effets sur la croissance.

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